Ça branle dans le manche

Auschwitz commence partout où quelqu'un regarde un abattoir et pense: ce sont seulement des animaux. T.Adorno

24 septembre 2006

Le W.E. des gros cons

Chasseur Ayé. L'automne est arrivé, Halloween c'est dans presque un mois et la chandeleur va suivre très vite.

Mais aujourd'hui, c'est le week-end des gros cons. Tôt ce matin, s'il en était besoin, les bruits de coups de fusils m'ont  rappelé que c'est l'ouverture de la chasse. Loisir de sadiques (il y en a qui disent de "sportifs' mais à part les efforts consentis pour couper le sauciflard et déboucher le cubi de vin de pays de l'Hérault, ya rien de sportif) et de frustrés, la chasse attire pourtant de moins en moins de monde.

Il y a désaffection pour ce passe-temps qui rassemble le flingueur de merles équipé d'un fusil à lunette et le notable Villièriste qui lâche ses chiens sur une biche.  Tant mieux dira-t-on, la civilisation avance à petit pas mais c'est toujours ça de pris sur  la barbarie et la connerie pseudo rurale. 

Ce qui rajoute à notre affliction, c'est que ces "protecteurs et régulateurs de la vie sauvage" qui aiment la nature (à la place de leurs gosses et de leurs femmes je me méfierais ! Un amour comme ça, c'est plus qu'ambigu) ne se rendent pas compte que leurs méfaits ont des conséquences dramatiques sur la biodiversité et l'équilibre de la faune aviaire.

En effet, et selon un communiqué de la CVN (Convention Vie Nature), malgré la précarité de nombreuses espèces, plus de 100 millions d'oiseaux sauvages, dont plus de 30 millions d'oiseaux chanteurs, sont vraisemblablement tués et capturés en Europe chaque année. 

Cette conclusion est tirée d'une étude en cours sur les effets de la chasse aux oiseaux et est basée sur des données tirées de 27 pays au total. L'étude publiée dans le journal allemand "Berichte zum Vogelschutz" (Rapports sur la protection des oiseaux) fournit les preuves indiscutables d'un massacre. "Si vous aligniez tous les animaux tués en une année, ils couvriraient une distance de 41 000 kilomètres et représenteraient un poids total de 66 000 tonnes", déclare Heinz Schwarze, président du Committee against Birdcrime, ce qui selon lui donne une idée de l'étendue des ravages de la chasse. En tête de peloton se trouvent les Français qui tuent plus de 25 millions d'animaux suivis de près par les Britanniques (22 millions)  puis les  Italiens  (17 millions).

Les proies préférées sont les oiseaux chanteurs comme les alouettes, les merles noirs ou les grives qui représentent environ un tiers du nombre total. Dans l'ensemble, les estimations des 27 pays étudiés représentent chaque année 37,3 millions d'oiseaux chanteurs, 33,5 millions de galliformes, 18,6 millions de turdidés (colombes, pigeons et tourterelles), 4,1 millions de limicoles (bécassseaux, échasses), 391 000 rallidés (râles, poules d'eau, foulques..) ainsi que 7,6 millions d'anatidés (canards, oies,..).

Ce qui choque particulièrement les défenseurs de la nature est le fait que l'UE continue de déclasser encore plus d'espèces. Par exemple l'alouette des champs : même si les autorités européennes savent pertinemment que la population de cette espèce a chuté de plus de 50 % en Allemagne, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas depuis 1970, Bruxelles continue de la classer comme "chassable". Il en résulte que malgré un risque grave d'extinction, plus de 2,5 millions d'alouettes des champs sont tuées ou capturées chaque année dans l'UE. Tout aussi dramatique est la situation de la tourterelle des bois (2,3 millions d'oiseaux tués), de la caille des bois (2,6 millions), du vanneau huppé (516 475), de la bécassine (586 020) ou de la sarcelle d'été (24 454), dont les populations devraient aussi être considérées comme en voie de disparition.

Afin de s'opposer légalement à ce que le Committee against Birdcrime considère comme étant "l'annihilation systématique" de la population aviaire européenne, il a été demandé aux associations européennes de chasseurs de cesser de chasser cette année 22 espèces en voie de disparition.

"La chasse aux espèces en voie de disparition n'a rien à voir avec une utilisation durable et ce n'est pas quelque chose que l'Europe devrait encourager". Pour H. Schwarze il est hors de question qu'une minorité de chasseurs du dimanche mettent en danger un héritage naturel commun à tous les européens.

Posté par TAOMUGAIA à 16:52 - Traditions connes et cruelles - Commentaires [0] - Permalien [#]

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