03 avril 2007
La mésange peut certes porter un bermuda en mars mais ses oisillons crèvent de faim
Le dérèglement des saisons sous nos latitudes (en fait c'est un phénomène à l'échelle de la planète), c'est une nouvelle donne que chacun a pu constater.
De moins en moins de pluies, des fins d'automne quasiment estivales, des canicules à répétition...Bref, c'est pas original ce que je raconte.
Le vivant est bien sûr déboussolé. La flore et la faune peinent à s'adapter. La chaine des interactions est perturbée, les équilibres biologiques sont chahutés et cela conduit à la perte de la synchronicité.
Un remarquable dossier sur la fin des saisons est paru dans le dernier numéro du mensuel (1075) SCIENCE & VIE.
Je tire de l'un de ses articles l'exemple qui suit, afin de montrer que les perturbations climatiques et leurs conséquences sur les écosystémes ne sont pas que des figures de style. C'est du concret, ça touche des espèces végétales et animales de nos parcs et jardins.
Rappel : les plantes, les animaux agissent en fonction des saisons. Leur "horloge interne" les relie au temps qu'il fait, par l'intermédiaire de signaux, d'indices environnementaux si vous préférez.
Avec un printemps désormais plus chaud et arrivant plus tôt, l'éclatement des bourgeons du chêne (Quercus robus) et l'apparition des premières feuilles surviennent avec une semaine d'avance, comparé à ce qu'il se passait il y a 20 ans.
Tandis que l'éclosion des oeufs de la phalène brumeuse (Operophtera brumata) survient, elle, de 2 a 3 semaines plus tôt qu'avant.
Problème : la chenille se nourrit normalement des jeunes feuilles de chêne (et elle en boulotte, croyez-moi). Mais ces feuilles ne sont pas encore sorties.
Résultat : la population des chenilles décroît.
La mésange charbonnière (Parus Major) pond ses oeufs à la même date. Or, au moment de nourrir ses oisillons, les chenilles de la phalène, dont elle régale d'ordinaire sa progéniture, sont désormais moins abondantes.
D'autant plus que celles qui restent sont souvent parvenues au stade de la chrysalide.
Les liens qui unissent ces 3 espèces sont distendus. La synchronie est cassée. Les chenilles meurent de faim et les oisillons aussi.
Ces espèces, sous peine de disparaître, devront retrouver une nouvelle harmonie, ou changer de partenaires.
Les grands cycles du vivant, migration, floraison, hibernation, reproduction, sont pertubés.
Et encore, nous en sommes au constat d'un réchauffement global. Quand la phase d'accélération se produira (effets cumulatifs), nous pourrons certes manger en terrasse le 24 décembre mais les mésanges seront toutes crevées.