13 avril 2007
Nouvelle-Guinée : DRD extrait de l’or au prix de la misère et de la mort
La course à la croissance, la recherche du profit, l’appât du gain ne supportent pas les freins, détestent les obstacles. Les règlements, la déontologie, la morale, le respect du vivant sont des principes et des valeurs qui demeurent systématiquement écartées quand rien ni quiconque n’obligent les entreprises à s’y conformer.
Un film récent, tout à fait remarquable, « Blood diamond » prenait comme fil rouge l’exploitation et le commerce du diamant en Afrique pour révéler combien les grands groupes miniers ne s’embarrassent pas de scrupules pour optimiser leur activité, en fomentant des guerres civiles notamment. Il en est ainsi, toutes choses étant égales par ailleurs, pour l’exploitation de l’or.
Ce blog avait déjà abordé le sujet avec le projet infâme de Iamgold/Cambior visant à installer une gigantesque mine à ciel ouvert en Guyane.
La menace sur l’écosystème est telle que l’on peut parler d’écocide !
Aux risques que fait peser ce genre de projet sur la biodiversité, il faut ajouter les dangers qui touchent, directement et indirectement, ceux que l’on appelle communément les populations indigènes, peuples premiers, civilisations primitives, peuplades d’un autre âge.
Depuis longtemps, on (nous, ‘les avancés’) détruit ces minorités, d’abord sur le plan culturel et par la suite, sur le plan physique.
Ces minorités qui ont tant à nous apprendre, qui nous font remonter le temps : quand nous étions au stade de la chasse et de la cueillette, pasteurs, cultivateurs au néolithique…
Destruction des habitats naturels, uniformité ‘Mac-Donaldisée’ des groupes humains….Quelle perspective affligeante.
Déjà acculturées, ces communautés sont condamnées à disparaître, parfois de manière sordide, si personne ne s’oppose avec détermination à la mise à sac des ressources naturelles de la planète, que ce soient l’or, le diamant, le bois ou le pétrole.
L’or justement. Que venons-nous d’apprendre ?
Une société de gestion d’actifs norvégienne, agissant pour le compte de l’Etat, chargée de valoriser le produit de la rente pétrolière, a décidé de retirer sa participation au capital de Durban Roodenport Deep (DRD), un grand groupe minier de droit sud-africain.
Effectivement, la ministre des Finances du pays a annoncé le 11 avril que le fonds de pension public s'était retiré du capital du groupe car accusé de mauvaises pratiques environnementales. Ce groupe exploite, via sa filiale Emperor Mines (anciennement Tolokuma Gold Mine) , une mine d’or en Papouasie-Nouvelle-Guinée, à quelques 100 km au nord de la capitale Port Moresby, dans le district de Goilala, province centrale du pays.
En juillet 2004, le groupe DRD a pris le contrôle de la société Vatukoula gold mine, dans les Iles Fidji, qui exploite une concession qui prête également le flanc à plusieurs critiques.
DRD prend appui, pour son sale travail, sur un protocole d’accord signé en 1997, concédant l’exploitation du site de Tolokuma au groupe minier, agrément qui avait été signé dans des conditions très contestables.
Les communautés villageoises qui vivent sur ces terres ne retirent en définitive aucun bénéfice, aucune contrepartie de l’exploitation de leur sous-sol.
Et quand je dis aucune, c’est un triste euphémisme car en réalité, c’est à un assassinat de masse que l’on assiste. Il faut savoir que la mine n’est accessible que par hélicoptère. Il n’y aucune infrastructure routière, pas le moindre chemin y menant de créé. C’est la jungle, enfin, ça l’était vraiment avant que l’homme blanc occidental ne vienne piller cet endroit.
Donc, tous les chargements, déchargements, de minerai comme de déchets, sont effectués en hélicoptère.

Et des rejets, il y en a plus qu’il n’en faut : en 2004, l'association Oxfam Australie pointait déjà des rejets de 60 000 tonnes par an directement dans les 2 rivières Auga-Angabanga qui serpentent autour du site.
Ces rejets, c’est beaucoup d’arsenic, pas mal de mercure et énormément de cyanure.
Le 21/03/2000, un hélicoptère a largué une tonne (oui, une tonne) de cyanure dans la rivière Yalogue, à 20 km au sud de la mine.
En septembre de la même année, chute de 4000 litres de fuel dans les parages du site.
Le 18/09/2003, c’est une tonne de fuel qui tombe sur le village de Karamé.
Le Conseil d'éthique norvégien justifie son retrait par le fait que la mine d'or rejette chaque jour 430 tonnes de déchets dans le réseau fluvial, ce qui provoque un dépôt de métaux lourds dans l'écosystème, en particulier de mercure, de cadmium, chrome, arsenic, nickel et plomb, affectant en cela la vie et la santé des populations locales.
Il y a à peine un mois, un médecin australien, Sylvestor Kotapu, a rendu publics les résultats des analyses de 500 échantillons sanguins prélevés sur la population vivant aux abords du site de Tolokuma.
100% des échantillons sont contaminés par des hauts niveaux de mercure, de cyanure et d’arsenic.
La contamination en ces métaux toxiques s’est effectuée notamment par l’eau servant à la toilette, la boisson et par les poissons qui vivent dans ces rivières. Les conséquences ? Redoutables et irréversibles : altérations génétiques, malformations des fœtus, infertilité, dégénérescence neurologique, cancers, déformations osseuses etc.
Aucun traitement médical n’est susceptible d’améliorer le sort de ces villageois. Ils vont mourir, en souffrant terriblement. Villageois sacrifiés sur plusieurs générations.
Seule une politique de prévention pourrait permettre de limiter les dégâts.
Toutes les tentatives de médiation menées auprès du groupe DRD ont échouées, y compris celle conduite par l’ONG Oxfam qui lutte contre la pauvreté induite par le développement et milite pour une justice économique et sociale.
Le groupe minier se contente de répéter qu’il remplit ses obligations contractuelles. Point barre.
Corriger les dégâts énormes que cette exploitation provoque sur l’environnement et la santé des villageois ? Pas question.
Des réparations ? Il n’y pense même pas 30 secondes.
Le patron de DRD a affirmé que l'entreprise avait toujours été «claire sur sa volonté de réorganiser le site de Tolokuma» et qu'elle était dans les «limites» légales sur l'environnement. Et se disait «peu inquiet» de la décision norvégienne, notamment parce que l'investissement du royaume dans sa firme était «très faible».
Sources : Libération, The National, Oxfam.