27 avril 2007
La fraise espagnole : la honte écologique et sociale en barquette
C'est l'un des plus remarquables sanctuaires naturels d'Europe.
Situé en Andalousie, le parc de Doñana occupe la rive droite du Guadalquivir, qui a son estuaire sur l'océan Atlantique.
Il est étonnant de par la grande diversité de ses biotopes, notamment lagunes, marais, dunes fixes et mobiles, buissons et maquis.
Il est l'habitat de cinq espèces d'oiseaux menacées. C'est l'une des plus grandes héronnières de la région méditerranéenne et le site d'hivernage de plus de 500 000 oiseaux d'eau.
Il accueille plus de 300 espèces de vertébrés.
D'une superficie totale de 77000 hectares proprement dit, ce parc est entouré par une immense zone (140000 ha) de prairies humides, craquelées et à sec l'été, très humides et abritant une faune très importante (aquatique et oiseaux migrateurs) dès que les premières pluies d'automne arrivent.

C'est le potager de l'Europe. Le second producteur de fraises au monde (derrière les Etats-Unis).
Ce n'est pas à proprement parler un pays mais plutôt une région d'Espagne, l'Andalousie.
Ici, 5000 hectares sont consacrés à la culture fraisière.
Quasi monopole. Une expérience de chimie grandeur nature, d'une taille stupéfiante : engrais artificiels, pesticides, fongicides sont déversés régulièrement.
On rajoute une utilisation de tourbe énorme, en provenance, par voie terrestre, des pays baltes (soit, à la louche, 4000 km pour la transporter par camion).
Les moyens humains pour faire le boulot ? Une main d'oeuvre misérable, exploitée, venant pour l'essentiel d'Afrique et d'Europe orientale.
Le coût écologique pour l'exportation de ce fruit ? Pppfff, entre l'avion, la route, il est ébouriffant
Au final, on considère que la production de la fraise d'Andalousie nécessite environ 20 fois plus d'énergie (à la lecture de cette note, Al Gore doit être passablement agacé) que s'il s'agissait d'une fraise de saison, cultivée localement.
Ah oui...mais enfin, quel est le rapport entre le parc Doñana et ces hectares de plantations de fraises ?
Il est simple le rapport : pour cultiver les fraises, il faut de l'eau, beaucoup de flotte, tellement que la seule solution c'est de la pomper là où elle se trouve.

Et elle se trouve dans le sol et le sous-sol du sanctuaire naturel qui, à force de forages pour installer les circuits d'irrigation, se sent de plus en plus mal.Les biotopes font triste mine, la faune aquatique, les batraciens et les oiseaux sédentaires ou de passage l'ont mauvaise et au final, c'est bien de la rupture de l'équilibre écologique de cette merveilleuse région dont il s'agit.
Avouez que pour une fraise fade et sans goût mais bon marché, ça fait beaucoup.
Trop.
C'est de l'agriculture intensive (moi j'appelle ça de la production industrielle) sous plastique, férocement polluante, moins disante socialement et qui méprise la planète, celle des producteurs comme celle des consommateurs.