03 mars 2008
Animal on est mal : le gentil poulet

L'enfer ressuscité.
C'est ce à quoi il songeait cet après-midi là.
Rémi était cultivé. Dante, il connaissait, à défaut d'avoir eu le temps de l'avoir lu.
Demain, il savait ce qui allait advenir. Rien n'avait été laissé au hasard. Pas d'improvisation, pas d'aléatoire.
De la rigueur, que de la rigueur, technique, mécanique.
L'industrie de la viande, l'agribusiness, ne mégotent pas avec l'approximation.
Vitesse des process, cadences, chaînes hyper rapides; 8 milliards de poulets tués par an. Il faut assurer.
Rémi, c'est un jeune poulet. En arrivant à l'abattoir Siebert d'Ergersheim (Alsace), il sera déjà prêt et soulagé à la fois. Cette unité de mort fait quand même du 100000 poulets par semaine ! C'est dire si ce sont des pros...
Soulagé car c'en en sera terminé de sa vie abominable, confinée, surchauffée, suralimentée, surmédicamentée, aux limites de la démence.
Mourir, pour lui, sera un soulagement. Une délivrance.
Prêt ? Comment faire autrement ? Déchargé sans ménagement après un transport épouvantable, accroché par les pattes à un sytème de tringleries automatisées qui le conduira en quelques secondes à un bac d'étourdissement puis vers la lame.
Une magnifique scie circulaire.
Plus de cou.
Des rails convoyant les bêtes.Têtes sans peau. Carcasses se balançant à leur crochet. Tapis roulant. Rinçage au jet. Décapiter. Laver. Eviscérer. Emballer.
Manu lui demanda au cours de la nuit
-Et ça fait mal cette scie ?
-Non, Manu, lui répondit Rémi, tu ne sentiras rien. C'est hyper rapide. Les hommes ont inventé, pour leur propre usage, l'équivalent : la guillotine. Dès que ça coupe, t'es mort, tu ne te rends compte de rien.
-Mais, il paraît que tu réalises que ta tête est séparée de son corps pendant quelques dixièmes de secondes...
-T'inquiètes, on est étourdi avant, pour ne pas voir celui qui nous précède être coupé en deux et voir le sang gicler sur le carrelage.
-Je te crois mais j'ai peur, Rémi, j'ai peur de souffrir plus encore que je ne souffre en ce moment, dans ce hangar...
Rémi attendait, résigné (sage ?) sa contribution à la chaîne d'abattage. La mort lui serait douce au regard de sa vie.
Ce matin là, il fut emmené comme prévu. Sans douceur. Brutalement. Suspendu.

Etourdi moyennement, il reprit conscience.
Quelque chose clochait.
La chaîne était immobile. bloquée.
Devant lui, derrière lui, ses camarades de misère.Tête en bas.
Il aperçut Manu.
Le système de tringleries se remit en route.
Rémi, Manu et le millier de poulets furent alors plongés vivants dans des bacs d'eau bouillante pour l'échaudage (plumaison).
Nota : à la suite d'un reportage effectué clandestinement par un groupe de l'assocation L.214 dans cet abattoir où il apparaissait, régulièrement, que la chaîne d'abattage connaissait des ratés, dysfonctionnements techniques sérieux, la SPA a porté plainte pour acte de grave négligence et de cruauté envers des animaux.
Les poulets arrivaient vivants dans un bac d'eau bouillante avant plumaison sans avoir été saignés.
Les images montrent également l'agonie de poules pondeuses.