Ça branle dans le manche

"Auschwitz commence partout où quelqu'un regarde un abattoir et pense: ce sont seulement des animaux." T.Adorno

02 avril 2008

La principale menace qui pèse sur la biodiversité, c’est la chasse

rpt-0007-web.1207139921.jpg  17945851.1207139946.jpg

Sylvain Dufour, c'est complètement par hasard que je l'ai rencontré.

Il est président d'une association qui veille à sauvegarder et conserver la biodiversité tropicale en Afrique de l'Ouest en luttant notamment contre la déforestation et la chasse.

Du Cameroun à la Guinée en passant par la Sierra Leone, les bénévoles de Sylvatrop (www.sylvatrop.org et le carnet de route de Sylvain sylvatrop.canalblog.com) se mobilisent, avec des moyens modestes, pour préserver la biodiversité (faune et flore) de ces territoires en associant les populations locales à des programmes de conservation.

Pour tout te dire, j'ai croisé Sylvain et sa soeur alors que je m'installais avec quelques copines pour distribuer un tract sur l'importance de la filière viande dans le réchauffement climatique.

A l'entrée d'un très important salon du bio et de l'environnement (16000 visites sur 4 jours)- car payer un stand à cette occasion, ça coûte la peau des fesses- dans le froid et le vent (c'était dimanche), j'ai salué des collègues qui venaient à peine de se poser pour faire de même.

On en a profité pour discuter, parler des difficultés de nos engagements respectifs et il m'a fait connaître son association.

Elle vient de lancer une campagne pour sauver l'hippopotame pygmée (il ne resterait que 30000 spécimens dans la région).

Sylvain, il était là pour sensibiliser et ramasser des sous bien sûr car sans fric, tu ne peux pas payer les gardes forestiers (les rangers) pour lutter contre le braconnage et mettre en place des équipes pour procéder aux comptages et à la surveillance des populations d'animaux.

Il m'a dit que le braconnage, c'était la plaie. Les braconniers tuent ces bestioles en voie d'extinction pour l'approvisionnement en viande du marché local.

Mais le pire, et c'est quelque chose qui te fout vraiment en rage, c'est la chasse sportive.
J'entends par là un business géré par un blanc, qui a corrompu des gens bien placés, pété de tunes, qui a acheté pour une bouchée de pain des milliers d'hectares de savane et qui permet à d'autres blancs, tout aussi riches, de passer un week-end de détente non pas en Sologne mais en Guinée, en massacrant au fusil à lunette des grands fauves et des animaux aussi doux que les éléphants et les hippopotames.
A défaut, ils se rabattent sur le phacochère.

C'est une chasse de rupins, c'est la recherche du trophée pas banal.

Je pensais à cette engeance quand j'ai lu, aujourd'hui, que les autorités brésiliennes avaient découvert un charnier de 740 alligators dans la réserve de Piagaçu-Purus (ouest du Brésil, aux alentours de Manaus), créée en forêt amazonienne en 2003.

Les peaux de ces animaux avaient été négligées, curieusement. Seuls restaient les dépouilles, prêtes à la consommation car salées préalablement.

8 tonnes de corps séchés.

Evidemment, les soupçons se sont portés de suite vers les quelques 6000 habitants qui tirent leurs moyens de subsistance de la chasse et d'une agriculture précaire.

Mais il se dit que, pour qui ne veut pas passer pour un aveugle, cette réserve reste le terrain de jeu préféré de notables locaux et de leurs invités étrangers, aisés, très aisés, qui débarquent comme ci comme ça avec guides et matériels pour taquiner du gibier très sauvage avec force envie.

Les populations locales, elles ont bon dos. En échange de leur silence, de la viande d'alligator gratos.

En échange de leur 'indifférence', des parties de chasse colossales, du meurtre de masse.

Réserve naturelle ou pas.

Le pognon, en Afrique de l'Ouest ou dans le bassin amazonien, permet d'affanchir les pulsions sadiques de toutes considérations administratives et réglementaires.

Mais n'est-ce pas l'idéal de tout chasseur ?

Posté par TAOMUGAIA à 15:36 - Animal on est mal - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1