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Ça branle dans le manche
12 juillet 2008

Chats et chiens abandonnés : le fléau de l’été

21ea_20

Le réconfort de l'été, des vacances, ce n'est pas pour tout le monde.
Demande à un bénévole de refuge, il t'en parlera bien mieux que moi.
En attendant,  je te donne à lire ce texte admirable de Cavanna, que tu connais peut-être déjà (je parle du texte bien sûr).

«Ecoutez. Le tuer, j'ai pas le courage. Alors, je vous l'amène. Vous, vous les tuez pas. Vous les sauvez. Un refuge, c'est fait pour ça, pour les sauver. Alors bon, le voilà ! C'est à prendre ou à laisser. Si vous n'en voulez pas, j'irais le perdre dans les bois. Je l'attacherais à un arbre, pour ne pas qu'il me coure derrière, vous savez comment ils sont, paraît qu'il y en a qui ont retrouvé leur maison après des centaines de kilomètres, alors vaut mieux l'attacher et puis se sauver, pas l'entendre crier, c'est trop triste, on n'est pas des bêtes !
Bon, vous le prenez, ou vous le prenez pas ? Faut vous décider, j'ai pas que ça à faire, on n'a pas encore fini les bagages.»

Évidemment, il ou elle le prend.
Quoi faire d'autre ?
Le bon salaud le sait bien. Quand on gère un refuge pour animaux, c'est qu'on a le coeur tendre, qu'on ne peut absolument pas supporter l'idée qu'une bête souffre, soit abandonnée, perdue, vouée à la piqûre, fatale, ou pis, aux pourvoyeurs des laboratoires.

Les pseudos-amis des bêtes qui, lorsque le chien ne veut plus chasser, ou bien est
devenu trop vieux, ou bien a osé donner un coup de dent au sale môme qui le harcèle, ou lorsque le mignon chaton offert pour Noël est devenu au 14 juillet, un gros matou qui a son caractère et ne veut plus jouer les nounours en peluche, ou encore lorsque "ces gentils compagnons" se mettent à être malades et coûtent "les yeux de la tête" en visites au véto, ces salopards délicats qui décident de les supprimer mais n'ont pas le courage de faire le vilain geste qui tue vont les déposer à la porte du refuge (variantes : ils les jettent par-dessus le grillage, ils enferment dans une boite en carton la chatte miaulant et ses petits...) comme on déposait jadis les nouveaux nés non désirés à la porte des couvents.

Fonder un refuge pour animaux est la pire façon de s'empoisonner la vie. Non seulement cela ne peut pas rapporter d'argent (les abandonneurs ne laissent jamais de quoi acheter un peu de bouffe, cela ne leur vient même pas à l'idée), mais c'est un gouffre financier.

Fonder un refuge ne peut être qu'une action bénévole et précaire, un élan de révolte contre l'indifférence générale devant l'omniprésence de
la misère animale.

C'est le fait d'âmes sensibles qui mettent sur le même plan toute souffrance, toute angoisse, humaine ou non humaine. La plupart du temps, dans le cas des petits refuges, il s'agit de gens à faibles ressources qui s'épuisent à mener un combat sans fin comme sans espoir, mais qui ne pourraient pas ne pas le mener. Ils sont parfois aidés par de maigres subventions (dans le meilleur des cas), par la générosité de quelques adhérents, mais en général abandonnés à leurs seules ressources personnelles.

Un refuge est vite submergé. Là comme ailleurs, la mode imposée par les
éleveurs et la publicité des fabricants d'aliments ont stimulé une frénésie d'achat dont les conséquences sont la versatilité du public et la cupidité des éleveurs et des marchands.
La "rentabilité" exige qu'une femelle d'une race "vendeuse" ponde et ponde jusqu'à en crever. On achète par caprice, le caprice passé on est bien emmerdé, et comme on n'est pas des tueurs on se débarrasse, au plus proche refuge.

Et là, c'est le chantage cynique de tout à l'heure : "Vous le prenez ou je vais le perdre".
C'est exactement le coup de l'otage à qui le malfrat a mis le couteau sur la carotide : "Vous me la donnez la caisse ou je l'égorge."

On ne sait pas assez, même chez ceux qui considèrent l'animal comme un être vivant et souffrant à part entière (je n'aime pas dire "amis des bêtes"), quelle terrible et décourageante corvée est la gestion d'un refuge quand on dispose de peu de moyens.

Pour un animal placé à grand-peine, il en arrive dix, vingt, cent ! Cela vous dévore la vie, vous écrase sous une conviction d'inéluctable impuissance. Beaucoup de petits refuges de province luttent envers et contre tous, ignorés, méprisés, abandonnés à leurs seules ressources, et, cela va de soi, en butte aux sarcasmes des imbéciles et aux froncements de sourcils des vertueux qui jugent bien futile de s'occuper d'animaux alors qu'il y a tant de détresses humaines...

Et quand l'apôtre qui a englouti sa vie dans un refuge meurt ou devient impotent, que deviennent les bêtes ?
Pardi, l'euthanasie en masse par les services de l'hygiène publique, pas fâchés d'être débarrassés. Savez-vous que, si vous possédez plus de 9 chiens, vous devenez de ce seul fait "refuge" et devez déclarer la chose à votre mairie et à la D.S.V. (Direction des Services Vétérinaires) ?
A partir de là, vous serez soumis aux inspections d'usage concernant les règles d'hygiène, de sécurité, etc.

En somme le bénévolat est pénalisé. Tout se passe comme si la seule voie "normale" était l'euthanasie systématique, le sauvetage étant considéré comme anormal, suspect et fortement découragé.

Il faut que l'animal cesse d'être considéré comme un objet, un bien "meuble" qu'on achète, qu'on vend, qu'on cède, avec à peine quelques restrictions concernant les "mauvais traitements", d'ailleurs bien légèrement punis.
Il faut que la survenue d'un animal dans un foyer soit aussi grave, aussi importante, aussi contraignante que la naissance d'un enfant.
C'est le formidable et trop prévu nombre d'abandons liés aux départs en vacances qui m'a mordu au cul.

Savez-vous qu'ils font la queue aux portes des refuges, les enfoirés, avant d'aller faire bronzer leurs gueules de sales cons ? "Avec la planche à voile sur le toit de la voiture" m'a-t-on confié.
Que leurs têtes, à ces sous-merdes, volent haut dans l'air, propulsées par les pales tranchantes des hélices du hors-bord, pêle-mêle avec celles des toréadors et des aficionados !

PS : Vous qui les aimez, faites les STÉRILISER ! Les laisser proliférer est criminel : ce sont ces portées innombrables qui fournissent la matière première des vivisecteurs et condamnent les refuges au naufrage.

François Cavanna

Ce texte a été publié sur la liste  fr.groups.yahoo.com/group/vegetarien_fr

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Commentaires
M
Beau texte musclé comme je les aime.J'ajoute que je<br /> me suis occupé pendant 17 ans de trois chattes non<br /> "domestiques" que je ne pouvais attraper pour sté-<br /> -rilisation,mais grâce à la pilule,elles n'ont pas<br /> fait de portée et elles ont été soignées quand elles<br /> tombaient malades(y compris un début de cataracte<br /> guérie par Phak sirop)et elles sont mortes je peux<br /> le dire de vieillesse et c'est l'action dont je suis<br /> le plus fier,et je nourris actuellement trois chats<br /> mais je fais attention car je possède un amstaff<br /> sauvé de l'euthanasie et la nourriture est donnée<br /> hors de portée:le sort des animaux est la honte de<br /> l'humanité.P.S: il existe un lien clic.animaux.com<br /> en cliquant dessus,il parait qu'on offre un repas<br /> gratuit grâce aux pubs présentes.Bonne soirée!
M
...à mettre entre toutes les mains.Je vais l'imprimer et le distribuer sur le marché demain matin,mais je me demande si les gens prendront le temps de le lire?<br /> Tous les chats de la maison sont des chats du hasard.Nous ne saurons jamais "qui" les a abandonnés...et dire que nous croisons peut-être ces monstres tous les jours dans le village ... peut-être même échangeons nous quelques mots de temps en temps.<br /> Si on pense à ça,on ne parle plus à personne.Les apparences sont quelquefois trompeuses.
K
Je voulais te dire aussi que, cet année, pour mon Horace qui est en fin de vie, nous ne sommes pas partis en vacances. Nous sommes rester chez nous, et sommes aller, tout simplement nous balader à vélo tous les jours ou la météo le permettait. Et, tu sais quoi, on ne s'est pas ennuyés du tout. Et Horace est rester bien peinard. KlaRA.
K
Et bien bravo, Monsieur Cavanna, vous êtes quelqu'un de bien!!!!!! Et toi Hervé, merci d'avoir mis ce texte ici. D'ailleurs, on devrait le faire passer à la télé, l'afficher en rue, imprimer dans tout les journeaux et partout sur le net. Et cela ne parle que de chien et de chat, mais y a aussi tout les autres..... KlaRA.
C
Je n'ajouterai rien au texte du grand Cavanna. Tout y est, l'insupportable irresponsabilité de mes semblables, le courage et l'abnégation qu'il faut pour prendre cette misère là en charge...
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